Premier épisode : de YOSEMITE NATIONAL PARK à LAS VEGAS …
Une fois n’est pas coutume, on range les voiles et les rames, on sort les roues et les cartes terrestres.
On décider de profiter de quelques semaines automnales pour prendre la route des grands parcs nationaux (National Parks – NP).
Au programme, départ de San Franciso, puis Yosemite, Séquoia, Death Valley, Las Vegas, Zion Canyon, Brice Canyon, Antelope Canyon, Monument Valley, Grand Canyon, puis retour sur San Francisco par la fameuse Road 66.
Allez, installez-vous, on vous embarque !
Vendredi 25 octobre 2024
DE SF À L’ENTREE DE YOSEMITE
Quand on découvre les vastes étendues de cette région, on commence à percevoir l’immmmmmensité de ce pays …
On quitte les vastes quartiers de la banlieue de San Francisco (petites maisons sur un niveau, en bois très souvent, assez colorées et plutôt travaillées, style victorien (ou pas), bien alignées le long des rues et avenues tracées à la règle, carrefour parfaitement dessinés à angle-droit), on frôle le centre de SF (buildings de verre et d’acier qui pointent haut et droits vers le ciel bleu azur) en s’engageant sur le Bay Bridge, longue structure toute blanche, et on s’élance par-dessus la baie de SF pour partir en direction du Yosemite National Park.
On est vraiment trop con, on a laissé tout ce qu’il faut pour nos picnics dans le bateau … et on n’est vraiment pas organisés … A peine une heure après être partis, on est déjà en train de refaire des courses picnic, on s’arrête pour manger un p’tit truc en cherchant notre hôtel pour ce soir, on a déjà fait quelques demi-tours puisque Hervé rate les sorties d’autoroute … je pense que bientôt on pourra enfin dire ” c’est parti !! “
-Les recherches d’hôtel vont nous prendre un peu de temps je crois .. de fil en aiguille, de saut de puce en saut de page, d’un swip et d’un click, on se rend compte qu’il y a peu de disponibilités dans les quelques hôtels aux abords de Yosemite, … j’espère que ça ne sera pas le cas pour les prochains parcs. –
Donc ça y’est, c’est parti, mais avec tous nos arrêts, on se prend tout le trafic qu’on n’avait pas plus tôt, et on se rajoute gaillardement une heure au compteur, en roulant en accordéon.
Les paysages qui défilent m’interpellent … tellement vastes, tellement plats, tellement vides de vie ! Des champs d’herbe sèche et rase, des collines vallonnées à peine hirsutes, rouquines et grillées par le soleil, parfois quelques bosquets d’arbres qui posent une tache de vert sombre sur cet ocre infini. Puis des hectares de vergers où tous les arbres sont alignés au cordeau, les feuilles couvertes de poussière, ils ont triste mine. Fin de saison fruitière pour eux, synonyme d’arbres épuisés ? Ca sent la culture intensive.
Et tout est plat. Kilomètre après kilomètre, de stop en stop tous les 3000 mètres, la même ligne d’horizon, la même couleur au sol. Ah, nouveauté ! De longs abris en bord de route, au milieu d’une nature sèche et désertique : ce sont les élevages bovins … Simples toits de tôle posés sur des piliers métalliques, avec les espaces de stabulation entravée où les vaches toute maigres tentent de brouter quelques brindilles asséchées. De chaque côté des abris : des tas de paille à gauche, et des tas de fumier à droite. Entre deux, toutes les vaches. Ca fait mal au cœur, ça révolte. Ca sent l’élevage intensif là.
Rien dans la nature offerte à nos yeux ne réjouit, ne donne envie. Ni de s’arrêter, encore moins de s’installer. La terre semble exsangue, les quelques maisons au bord de la route un peu en bout de course, la vie n’a pas l’air folichonne par ici. Le sentiment que l’homme pompe tout ce qu’il peut en retirer, sans se soucier de ce qu’il laisse derrière lui. Mais je ne suis que de passage, et c’est juste mon impression, mon ressenti. Pas joli joli.
On aperçoit les montagnes de Yosemite en toute fin de journée, les collines des contreforts se parent de teinte rose poudré, orange, toute cette nature brûlée se dore au couchant. La nuit tombe gentiment des sommets jusqu’au lit de la rivière qu’on entend chuinter non loin de la route, on devine les pentes et le relief qui nous entourent, puis tout s’éteint, j’allume les phares.
Sam. 26 oct.
YOSEMITE NATIONAL PARK
Granit éprouvé, épicéas, parois vertigineuses, nos yeux sont ravis !
Yosemite le fameux ! Son joli nom se prononce « Osémity ».
On part de bonne heure pour aller au Visitors Center, histoire de glaner les dernières infos qui nous manquent.
A l’entrée du parc, une baraque abrite les Rangers qui accueillent les visiteurs. Tout habillés de vert avec leur gilet jaune, leur chapeau à large bord rigide, broussailleux du menton, ils ont le look auquel on pouvait s’attendre. Pas trop de monde au gate, on arrive vite à notre destination.
Des touristes de toutes nationalités sont déjà là, français, indiens, américain du nord et du sud, ils se pressent au portillon. Les informations à dispo : il va faire beau – la majorité des campings sont fermés – les trails sont classés par ordre de difficultés – et puis bien sûr plein de cartes et de souvenirs à mettre dans un sac à dos. Le parc dénombre 1350 km de trail entretenus, pour des parcours de 2h à 1 semaine. On choisit plutôt les versions courtes, haha.
Notre première balade part de Curry Village, une espèce de campement assez zarb … des tentes en plastique montées les unes à côté des autres, serrées comme des sardines, sans fenêtres. En me renseignant, je découvre qu’il y a différents niveaux de confort, avec ou sans wc/douche, plus ou moins aménagées, mais dans tous les cas tu dors à 4 mètres de ton voisin, tu n’as aucune intimité, et tu paies au minimum 180 dollars par nuit … ! Enfin bref, on a bien fait de ne pas venir dormir ici …
Donc la balade … on part entre les épicéas, les érables, les pins, les eucalyptus et autres beaux arbres, les pieds foulant un épais tapis d’épine de pin, direction le Mirror Lake. Le sentier est carrément bien entretenu, par moment c’est une route, et lorsqu’il s’enfonce dans la forêt, les pierres pavent les endroits où ça grimpe un poil. On a vu pas mal de monde autour du Visitors Center et de Curry Village, mais on est quasi seuls sur notre chemin. Les écureuils vivent leur vie sans nous calculer, les pics épeiches (je vérifie, ah b’en non, ce n’est pas un pic épeiche mais un Grand Pic ! quasi tout noir, avec sa calotte rouge, et son incroyable résistance à marteler le tronc de ce pauvre épicéa) rythment notre marche au son de ses toc-toc-toc-toc-toc incessants.
La marche est douce, pas de dénivelé incroyable, les épines de pin rendent le terrain meuble et souple.
On arrive au lac … pas d’eau ! on traverse son fond de sable, les pieds bien au sec, au milieu des herbes plus ou moins sèches.
On continue, et bien nous en prend car un petit bout de route plus tard, on tombe sur une maman ourse noire avec ses deux juniors tout bruns. On s’arrête pour les observer un moment, les deux cubs se vautrent dans les hautes herbes, se roulent se tannent et se chamaillent pendant que la maman va pêcher dans un trou d’eau qu’on ne voit pas. On l’entend à coup de ploufs et de splash, et puis on la voit remonter avec un petit poisson entre les dents. Elle rameute ses juniors et tous les trois taillent la route rapidement pour aller partager leur petit festin à l’abri. On a sacrément de la chance ! tout le monde nous avait dit « nan nan, des ours on en n’a pas vu depuis plusieurs mois … » et on ne s’attendait vraiment pas à en apercevoir si proches de nous, presque indifférents à notre présence ! et on n’était pas les seuls à se balader dans le coin !
On poursuit, on se régale de crapahuter sur ce relief bien agréable, on s’arrête le temps d’une micro-sieste et puis on boucle notre boucle en milieu d’aprèm, retour à la base pour y attraper une glace.
Suite de la route en direction de Glacier Point pour aller admirer le Half Dome au coucher du soleil … le temps est un peu brumeux, mais pas grave, on va voir quand-même ! Une heure de route plus tard, on arrive dans les hauteurs, 2500 mètres, avec le Half Dome de profil face à nous. Cette immense paroi granitique toute polie, verticale d’un côté, bombée comme un quart d’orange de l’autre, ou presque, plutôt comme la coiffe d’une religieuse ou d’une personne voilée. A le regarder de plus près pour tenter de le dessiner, j’ai plus l’impression d’être face à la tête d’un énorme oiseau, puisque oui, au sommet de son immense paroi verticale, l’esquisse d’un bec se profile, perché à 2’690 mètres d’altitude.
On savoure on admire ce paysage granitique presque désertique, quelques buissons de sapins, épicéas et autres conifères structurent le relief assez doux.
Retour à l’hôtel pour une petite pizza et surtout un bon bain chaud !! régal, une baignoire, immense, je m’en régale !
Dim. 27 oct.
YOSEMITE N.P.
C’est si bon qu’on y retourne
Ce massif montagneux de la Sierra Nevada est quand-même très particulier, et nous attire bien. Alors on poursuit les découvertes, mais on part plus tranquille puisqu’on sait où on va : petite rando sympa « Mist Trail », qui part après Curry Village. But de cette balade : aller voir les premières chutes accessibles, et encore en eau.
On a vu hier que le parc est asséché, l’été a épuisé toutes les ressources locales, il faut attendre les prochaines chutes de neige pour renflouer les réserves. Là on se balade avec le bruit permanent de l’eau qui coule au fond de la petite vallée.
On crapahute le long d’un chemin de terre, de cailloux, en cours de rénovation à son sommet. C’est un trail de 15km qu’empruntent les randonneurs qui partent pour le Half Dome. On voit des photos en route, qui montrent ces sportifs se hisser le long de cette immense paroi grâce à des successions interminables de marches posées à même la roche, maintenues par des câbles qui partent du sommet. 1500 mètres de dénivelé positif pour grimper là-haut ! et plus de 3’000 fous par jour qui montent là-haut chaque jour à la haute saison !!!
Il y a pas mal de monde sur ce chemin, malgré sa bonne déclivité. Ca grimpe dur par endroits. A un moment, je marche devant et j’aperçois un animal, mi chien mi chat, plus gros que l’un et carrément la démarche du second … oh suprise, c’est un lynx. Un bobcat, en anglais dans le texte. Pas du tout stressé, l’animal, totalement indifférent à la horde de bipèdes qui le mate le toise le regarde l’observe et le prend en photo sous toutes ses coutures … nan nan, on pourrait même croire qu’il pose, là, pour nous. Oh mais quelle chance !
On poursuit notre grimpette bien pentue et on arrive finalement aux pieds de cette belle chute qui s’élance dans le vide du haut de cette paroi vertigineuse brun-roux-ocre-noir-blanc-gris, rayée dans la longueur de toutes ces couleurs. Plus de 600 marches aménagées nous mènent à son point d’élan. Les mamans en profitent pour reprendre l’apprentissage des chiffres de leurs enfants pour les encourager, les plus âgés prennent leur temps et font des pauses à répétition, d’autres se lancent le défi de les monter en courant, bref, à chacun son rythme, et moi je m’arrête sans cesse pour savourer le paysage, c’est si beau. La roche est taillée au couteau, noire, ocre, blanc crème, grise, et encore noire, ocre, blanc crème, … les morceaux de rocher qui se détachent lorsque le gel fait péter la paroi apportent ces nuances, … un graphisme incroyable. C’est une montagne pour ceux qui aiment la peinture à l’huile, et son application au couteau, à la truelle.
Petite halte là-haut, et puis redescente par le même chemin jusqu’au cornet glacé, encore quelques beaux points de vue et clichés attrapés à la volée, et puis courte sieste dans la voiture jusqu’à l’hôtel situé au sud de Yosemite National Park.
On crèche dans un motel « de montagne » avec une grande chambre refaite récemment très confortable, propre, nickel. Drôle d’idée de mettre le lavabo de la salle de bain directement à l’entrée. Baignoire pour y baigner une personne très courte sur patte, on doit pouvoir y faire couler 15 cm d’eau au max. Dîner au grill du coin, très bon, plein de touristes.
Notre premier petit-déj « food processed » avec assiette en carton et dinette en plastique. Toast de pain de mie blanc, saucisses pochées, œufs brouillés tièdes non assaisonnés, pommes, yog aux fruits, muffins et daughnuts, and of course, le café américain, allongé dilué.
Lun. 28 oct.
ENTRE DEUX
Les USA sont un vaste territoire, les étapes sont grandes
On a quitté Yosemite et les abords de la Sierra Nevada pour plonger vers le sud, avant de remonter un poil au nord-est pour rejoindre les contreforts de Sequoia Park. La nature autour de nous … n’est plus très naturelle dès qu’on est en plaine. Agriculture intensive …
Les contreforts de la Sierra Nevada sont eux encore assez préservés, mais il faut dire qu’il n’y a rien, hormis une succession de collines fauves et dorées, parsemées de bouquets d’arbres. On a l’impression de se promener dans les replis du pelage d’un lion.
La végétation n’a plus rien à voir avec les grandes forêts de Yosemite : ici on trouve plutôt des petits arbres, plutôt denses et touffus. En plaine : les eucalyptus, les oliviers, les chênes, les palmiers s’invitent de temps en temps, quand il y a des arbres. Des ifs aussi, pour structurer un peu les gigantesques parcelles de terres agricoles.
En remontant sur Sequoia Park, on retrouve les collines fauves très vallonnées et plissées, qui sont incroyablement dorées par le soleil bien présent.
On a réservé un motel à Three Rivers, on passe devant et on poursuit la route jusqu’au Visitor Center pour obtenir les infos usuelles utiles pour visiter le parc.
En route, on check bien ce qu’il y a en termes de facilités : supermarchés, station essence, restos et compagnie, pour savoir où nous approvisionner (tant le réservoir essence de la voiture, que notre petit frigo qui nous accompagne – oui, hihi, on a mis le congèle de Myriades dans la voiture, et ça nous rend bien service !) … Eh b’en on n’aura pas vraiment le choix, haha, un mini-market, une pizzeria et voilà.
Arrivés au Visitor Center à 14h, on réalise qu’on a encore 1 à 2 heures de route avant d’arriver dans la forêt des Giants pour aller s’y balader, et quand on lève la tête vers les forêts, on découvre qu’elles sont dans les nuages et le brouillard … Parce qu’on n’avait pas du tout capté que les sequoias poussaient ici entre 2’000 et 2’500m d’attitude ! On pensait les voir dès l’entrée du parc, vers 1’200m … Donc plutôt que de monter là-haut pour ne rien voir, on préfère aller passer la fin de la journée à l’hôtel pour préparer la suite de notre roadtrip.
On dort dans un motel pris d’assaut à l’heure du check in, il y a du monde par ici puisqu’il n’y a pas trop de logement avant le Visitor Center qui est à une heure de route. Piscine au bord de la nationale (je ne tente pas). Pizza taille Small (oui oui) délicieuse et salade bien verte, avec tous les touristes du coin.
Mar. 29 oct.
SEQUOIA NATIONAL PARK
La résilience de ces géants est stupéfiante
On se lève tôt pour aller dire bonjour aux grands arbres. Tout le monde fait comme nous, le petit dej est pris d’assaut. Assiettes en carton, œufs brouillés en sachet déjà cuits pas chaud, je crois que ça va être le standard de nos prochains jours.
Contrairement à la météo annoncée, le temps est radieux en arrivant là-haut. On va voir le Général Sherman qui est à 2’000m et surprise à notre arrivée : il y a du givre autour de nous, et on réalise alors qu’il fait 30 degrés ! Fahrenheit … c’est-à-dire -1° Celsius. On n’avait pas prévu le coup, ça caille grave. Sherman c’est l’un des plus grands arbres du monde, qui a un pote de taille similaire pas loin, General Grant, mais on se concentre sur le bas du parc.
On se balade aux pieds de ces géants. Géants par la taille, par leur poids, par leur âge, par leur capacité à résister aux maladies, aux intempéries, au manque d’eau, au feu, … vraisemblablement chaque sequoia pourrait vivre 100 feux dans sa vie, s’il vit 2’000 ans. Ce qui est un âge tout à fait modeste pour ces grands arbres. Dans ce type de forêt, où les arbres sont assez espacés et la végétation au niveau du sol assez raze et peu touffue, il est fréquent que la nature fasse le nécessaire pour qu’un feu se déclare tous les 20 ans dans un même environnement.
A y regarder de plus près, grand nombre des arbres autour de nous sont noircis sur les 2 à 5 premiers mètres à leur base. La végétation autour a repoussé, eux-mêmes ont plus ou moins cicatrisés, et ils sont toujours debout. Les plus petits arbres résistent moins, plus courts, plus fragiles. Les gardes forestiers déclenchent régulièrement des feux pour assainir les sols et brûler tous les débris. Quand c’est la nature qui déclenche un incendie, alors les gardes-forestiers vont allumer d’autres feux sur un périmètre très défini pour précéder et encercler le feu naturel, et lui couper l’herbe sous le pied.
Le General Sherman est immense, un poil plus haut que la statue de la Liberté, l’équivalent de 22 éléphants empilés les uns au-dessus des autres. Soit 275 pieds.
Un des plus grands arbres du monde. Il a perdu une branche en 2006, elle mesurait 2 mètres de diamètre pour 30 mètres de long !!Ses références : hauteur de 83,8 mètres – diamètre de 7,7 mètres – circonférence de 31 mètres – volume de fût estimé à 1 487 m3 – âge estimé de 2 300 à 2 700 ans – épaisseur de son écorce extérieure : 2 pieds, 60 bons gros centimètres …
La forêt est très aérée, propre sur elle, aménagée, on sent que les touristes y déboulent régulièrement. Il faut dire qu’on ne s’est pas engagé sur la piste d’un trail, le temps n’y étant pas propice. Et bien nous en a pris, puisque à peine notre coucou à Sherman terminé, les nuages se sont invités, et toute la montagne s’est enveloppée dans un gros doudou gris à couper au couteau, plus aucune visibilité. On ne voyait même plus le haut des arbres !!
Retour voiture, et puis direction … direction notre prochain parc, Death Valley, avec un stop entre deux dans un bled au milieu du désert.
Le paysage change radicalement, très rapidement. La perte d’altitude nous fait quitter les grands arbres, puis les petits arbres, puis les buissons, pour se retrouver à nouveau en plaine où l’agriculture intensive se déploie sans limites. Faut dire qu’ils ne manquent pas de place par ici. Vignes, citronniers, mandarines, olives, grenades, maïs, éoliennes, panneaux solaires, tout est bon pour exploiter les ressources locales, avec ou sans eau.
Les trains de camion et les trains de containers circulent à grande fréquence sur les axes routiers bien encombrés, d’ailleurs ils roulent n’importe comment ces américains !! … !! ça double de n’importe quel côté, pas de clignotants, pas de respect des limitations de vitesse, faut être prudent.
Progressivement, la circulation s’amenuise, faut dire qu’on part dans une région touristique et désertique, c’est pas là-bas que les milliers de mètres cubes de fruits récoltés sont acheminés. Le désert s’avance, plus ou moins plat, plus ou moins broussailleux, plus ou moins rouge, plus ou moins gris ou ocre, avec un ciel complétement bleu au-dessus, et une température tout à fait agréable, 22 degrés. On déjeune sur une table en plastique de station-service au milieu de rien, on passe notre commande de deux buritos et de deux empenadas en espagnol, la poussière volette autour de nous avec les feuilles mortes, une atmosphère de « Bagdad Café » …
On suit les routes rectilignes sur des kilomètres, avec les abords de la Sierra Nevada en toile de fond, et on arrive en fin de journée à Ridgecrest, mini ville au milieu du désert. On a réservé un motel au bord de la route, 85 chambres modestes réparties sur 4 bâtiments sommaires ; l’établissement est tenu par des indiens d’Inde, qui visiblement ont aménagés deux ou trois chambres du motel derrière la réception pour en faire leur logement.
On dort à Ridgecrest
Mer. 30 oct. – Jeu. 31 oct.
DEATH VALLEY NATIONAL PARK
Au cœur de la région la plus chaude et sèche du continent américain
On se lève tôt, et je (!) découvre que le lever du soleil nous offre des couleurs magnifiques ; je décide que notre nuit à Death Valley sera courte pour qu’on profite du coucher du soleil dans le désert, et de son lever. J’imagine que ça doit être assez beau …
On taille la route, tout droit pour changer, de temps à autre un virage, une usine de sel qui se glisse dans le paysage, pas d’arbres, pas de végétation hormis quelques buissons secs, de la pierre, du caillou, du goudron et une ligne jaune continue. Un grand truc bleu par-dessus tout ça : le ciel.
La route grimpe un peu pour changer de vallée, et nous voilà passés par-dessus Panamit Range, une épaule de calcaire. On plonge dans la Vallée de la Mort par un jour ensoleillé, frais, totalement dégagé. La route sinue pour redescendre vers l’entrée du parc, et on aperçoit au loin de jolis tas de sable … quoi ? des dunes ici ? des vraies dunes de sable doré dans cet univers minéral et rocheux ? allez, on va voir !
On se parque quelques kilomètres plus loin, on enfile chaussettes et chaussures bien fermées malgré la chaleur et on part mettre les pieds dans ces magnifiques sillons sablonneux. Ca grimpe bien quand-même ; l’étendue de ces dunes n’est pas gigantesque, mais on fait bien 3 km là-dedans, totalement imprévu ! On est allé jusqu’au bout de la dernière dune, avant qu’elle ne retombe vers la plaine, sans remonter de l’autre côté … On est seuls, les gens s’arrêtent en général au max à 500 m de leur voiture.
Après les dunes, direction le Golden Canyon, balade de 5-6 km, pour aller voir the Red Cathedral. C’est vrai qu’on marche dans de la pierre dorée, la lumière est douce dans ce canyon, chaude, enveloppante. On grimpe tranquille, petit dénivelé, et puis on se faufile dans les ravines du canyon pour se hisser vers la cathédrale, et lorsqu’on arrive à son pied, on lève la tête vers ce mur de roche assez rouge, dressé verticalement devant nous. C’est impressionnant.
Et puis on tourne la tête pour regarder l’horizon, et là, oh splendeur !!! oh que c’est magnifique !!! on est au-dessus du canyon au fond duquel on a marché, et on surplombe cette roche incroyablement taillée érodée sculptée par le temps l’eau l’air le sable, c’est absolument magique et ça nous laisse sans voix. C’est ce qu’on appelle des badlands. Des terres ravinées.
En fin de journée, on monte à Dante’s view point pour admirer le coucher du soleil. En fait, il se couche pile en face de nous, de l’autre côté de la vallée. Donc toute la vallée est dans l’ombre, et les crêtes autour de nous, tout comme le chaînon Amargosa derrière nous à l’est, sont encore baignés par ce soleil doré de la fin de journée. La température est fraîche, 9 degrés !!
On est à un endroit du globe assez particulier … deux lieux géographiques séparés de 123 km ont la différence d’altitude la plus importante des USA : Badwater, le bassin de sel est à -85,5 mètres en dessous du niveau de la mer, et le Mont Whitney, en face de nous, est à 4 417 mètres. Tout ça sous notre nez !!! Ce qui est très bizarre aussi, c’est qu’on a vraiment l’impression d’être en haute altitude dans la Death Valley, alors qu’on est au niveau de la mer …
Bref, coucher de soleil serein, quasi personne là-haut, les teintes dorées tirent progressivement vers le mauve, tout devient tout doux, cotonneux, et la luminosité diminue tranquillement. On rentre de nuit, transits de froid et contents.
Jeudi matin le réveil sonne à 6h, le temps d’une douche rapide, d’un remplissage de thermos et on s’enfile dans la voiture, retour sur notre montagne pour attendre l’astre roi qui se hisse derrière les montagnes pour venir nous inonder de sa lumière … Mince crotte flute, quelques nuages dans le ciel …
On patiente, et puis le ciel s’embrase, les couleurs s’invitent dans le ciel avec une intensité incroyable, éblouissantes, et puis en suivant un rayon coloré au-dessus de moi, je me retourne et là je vois toutes les roches autour de moi, devant nous, allumées de rose, d’orange, d’ocre, de poudre mauve, c’est époustouflant.
Un vrai désert-dessert de pâtissier pour les petites filles ou les vieilles anglaises, un truc stupéfiant. Mon vocabulaire limité commence à m’astreindre aux répétitions, je cherche des superlatifs pas encore usités pour décrire cette beauté et mon éblouissement face à cette nature si … belle.
Les secondes du temps qui passe ont un effet radical sur les roches autour de nous, elles changent de couleur sans cesse. Du rose poudré, on passe au carrément mauve, puis les tons bruns ocres commencent à ressortir, et finalement la roche retrouve petit à petit sa couleur originelle à mesure que le soleil monte dans le ciel.
En plus ce sacripant se drape dans les nuées, se cache derrière des bancs de brume, alors l’effet wouahou du lever de soleil et de ses couleurs magiques dure peu, mais on est là, on savoure, on se régale, on ne regrette pas une seconde de se retrouver à 7 degrés au petit matin sur un parking avec d’autres pingouins, même s’ils parlent tous trop fort. C’est beau, c’est un somptueux cadeau.
Retour à l’hôtel pour un petit-dèj, et puis on part sur la route des artistes, balade dans un canyon puis le long des collines pour aller à la rencontre de la « palette du peintre », lieu particulier où les roches sont particulièrement pleines de minéraux ; ce qui fait que le rose côtoie le vert, le mauve se colle au gris, les bruns et les ocres se déclinent dans toutes leurs nuances, infinies.
On est en contact depuis hier avec Fred et Bruno, du bateau Orpao (rencontrés une première fois en Polynésie, puis retrouvés à Hawaï pour monter en Alaska, puis retrouvés encore aux abords de l’île de Vancouver). Ils se baladent depuis un mois en camping-car dans les grands parcs, et sont dans les environs. On se donne rendez-vous pour un pic nic au bord de BadWater, la partie la plus basse du continent américain, lac salé où on va pouvoir aller faire quelques pas. Assez magique aussi comme endroit ! parfait pour faire du char à voile (mais on n’en voit pas la silhouette). Chouette moment de retrouvailles, complètement imprévu et stupéfiant … puisque la dernière fois on était sur un bateau en Colombie Britannique !
Quelques heures de route dans la pampa et les immensités désertiques et vallonnées qui nous isolent d’un autre genre de désert, heures bienvenues pour digérer nos magnifiques journées dans la Vallée de la Mort, et puis paf, nous voilà heurtés de plein fouet par la civilisation, dans toute son indécence, ses non-sens, son absurdité, et en même temps sa folie, son inventivité, ses joies et ses folies … C’est Las Vegas. C’est juste tellement aberrant de construire une ville pareille au milieu de rien … quel coût pour la planète … On joue les curieux et on vous raconte, et je suis persuadée qu’on va en repartir très vite.
On a dormi une nuit dans le parc de Death Valley
Jeu. 31 oct. – Ven. 01 nov.
L A S V E G A S …
La démesure, sans limite aucune
On a quitté les routes désertiques de Death Valley et de la Sierra Nevada en fin d’après-midi, dans le soleil couchant, pour rejoindre Las Vegas. 3 heures de route entre BadWater et le Strip, 3 heures qui suffisent à changer radicalement de monde, sans grande transition. Surtout quand on ponctue le tout avec une petite sieste … Je ferme les yeux sur une route désertique dans la lumière dorée, un coup de frein un peu brutal et je les rouvre en plein trafic dans la banlieue de LV à la nuit tombée. Un clignement d’oeil entre les deux.
On est à nouveau sur une route à 4 pistes, les feux rouges des voitures devant nous m’éblouissent, les néons sur les côtés de la route attirent mes yeux dans tous les sens, pour m’inviter à manger un kebab, me faire refaire la dentition, m’annoncer des rabais outranciers sur les dernières piscines, me vanter les meilleurs succès de l’avocat le plus en vue, signaler les lieux pour se faire soigner d’urgence, le tout surplombant des constructions sur un voire deux niveaux, posées les unes à côté des autres, le long de la high way entre quelques cocotiers.
Et puis la bretelle de notre autoroute s’élance sur un pont, enjambe une autre bretelle, vire sur bâbord (ah non, tourne sur la gauche), et nous amène face à une paroi de spots et de lumières citadines qui s’élancent dans le ciel, de toutes les couleurs.
Immenses façades d’hôtel, châteaux enchantés, stades de foot, palais césariens, dômes colorés, la démesure s’esquisse, se dessine, s’annonce, se clame. Ma mandibule inférieure s’est clairement désolidarisée de sa compagne supérieure quand on s’est rapprochés du centre, et qu’on s’est engagé sur Le Strip …
Je ne sais pas comment décrire la folie humaine, la créativité, l’imagination, la capacité à créer un monde si factice et en même temps complètement concret (un exemple : l’hôtel où on dort ce soir abrite 4’000 chambres, un rez-de chaussée dédié aux jeux, et emploie 8’000 salariés, c’est hyper concret ! et basé sur le business des jeux de hasard …), une industrie de consommation et de débauche où tous les vices se retrouvent … L’un de nos premiers vices d’ailleurs entièrement comblé ce soir : un vrai restaurant Tadaaaa !! une cuisine fine et gourmande, pleine de saveurs et de subtilités, délicate, un bonheur savouré à sa juste démesure. Ca faisait tellement longtemps qu’on n’avait pas « bien mangé » … !!!
Ville démesurée, sans limites, on découvre une face de l’humanité que nous ne soupçonnions pas … On n’a pas grand-chose à en dire d’ailleurs, hormis une suite de mots : indéfinissable • énorme • folie • absurde • no limit • gargantuesque • créatif • démentiel • aberration • liberté • nombrils • excès • game addicts • fesses à l’air • non-sens écologique • incroyable • assourdissant • lumineux • festif • étrange • fumée libre • démesuré • futile • extravagant • gourmand • gigantisme …
J’y reviendrai peut-être ; au texte, à l’article, pas à Vegas elle-même ! d’ailleurs, ça veut dire quoi vegas en français ? traduction littérale : plaines fertiles. C’était un lieu où il y avait de l’eau, au milieu du désert, une oasis fréquentée par les mormons pour cultiver la terre, jusqu’à ce qu’ils s’en détournent face à des récoltes insuffisantes et que les Indigènes se révoltent en pleine guerre de l’Utah. L’armée américaine investit le lieu, le rebaptisant fort Baker, en 1864. Grâce aux sources d’eau, Las Vegas devient une étape sur la route entre Los Angeles et Albuquerque. Et c’est où Albuquerque ? au Nouveau-Mexique. Quand on regarde où ça se trouve sur une carte, on se demande bien ce qu’on peut aller faire là-bas … . On dort 2 nuits à Vegas, et on est heureux de la quitter.