Hervé a mis le bateau en route tout seul ce matin assez tôt, profitant d’une absence totale de vent et du courant dans le bon sens pour avancer. Du coup, on arrive en fin de matinée dans ce petit village. D’après le guide, 100 personnes y vivent en saison, une petite dizaine toute l’année. On part visiter, et on rencontre différentes personnes, toutes aussi accueillantes les unes que les autres.
Pas de woodboard ici, on marche sur la terre. Les maisons sont construites de part et d’autre d’un chemin qui longe la côte. Côté mer, elles sont sur pilotis pour voir regarder l’eau de haut en gardant les pieds au sec. Côté terre, elles sont aussi sur pilotis, pour pouvoir avoir une surface habitable suffisante à plat, puisque le terrain est assez escarpé. Plein de cabanes sont nichées dans les arbres, en haut de grandes volées d’escaliers.
Ici le temps doit être assez souvent gris, mais le village est plein de couleur. Les toits en tôle sont bleu, ou rouge, ou vert, parfois gris. Le bois des façades est gaiment peint, toutes les teintes se retrouvent le long du chemin. Tout est bon pour servir de récipient à une plante en train de pousser : des théières, des bouilloires, des vieilles bottes, des seaux, des pneus usagés, un vieux panier, chaque objet ici doit au moins en être à sa dixième vie.
C’est étrange comme endroit : on a le sentiment que le village a été déserté (ou presque) par tous ses occupants, et que tout le monde va revenir dans une heure. Tout est là, laissé en plan, en cours d’utilisation. Les vélos des enfants, les poussettes et les jeux, le matériel de bricolage, les scies et les haches qui servent à la découpe du bois, le charriot pour transporter des charges lourdes, les quads et les voiturettes de golf, … tout ne demande qu’à reprendre le rythme de sa vie estivale. Le FireMan du village me dit d’ailleurs qu’aucune maison n’est fermée à clé. « Qui viendrait endommager ou voler quelque chose ici, dans quel but ? » me dit-il … « on est une communauté, on se fait confiance, on se connaît, c’est la taille idéale de la vie en société. C’est pour ça que je vis ici. »
Un bel esprit altruiste et positif habite les lieux. Il faut dire que si 100 personnes se retrouvent ici chaque été, c’est un peu une grande famille ; tout le monde se connait, se fait confiance, l’entre-aide est de mise, la collaboration et le partage aussi. La femme qui tient l’épicerie passe 20 minutes avec nous, à nous raconter l’hiver ici, ce qu’il y a à voir, comment fonctionnent les bains, etc.. elle est au cœur du village. 70-75 ans bien tassés, et elle dicte son message à son téléphone (dis Siri, merci Siri) comme une petite jeunette, pour envoyer sa commande à Juneau.
Le café qui jouxte la Green House est un endroit où on peut entrer à tout moment du jour et de la nuit, s’asseoir au chaud, se préparer quelque chose à boire, manger un petit snack, boire un jus frais, et laisser sa contribution financière dans la boite à cet effet. Le wifi est gratuit, le mot de passe révélateur : please donate. Les cartes artistiques produites par quelques personnes locales sont en vente, tu choisis, tu te sers, tu paies. Une sérénité habite ce lieu, on s’y sent bien, c’est hyper paisible, il y règne une belle énergie.
La Green House, elle, est collective aussi, le fruit de l’ensemble de la communauté, où chacun vient entretenir et se servir de ce qui y pousse. Elle est chauffée par les thermes qui sont juste à côté. Le café aussi, il y fait une température à enlever tous les pulls.
Et les bains eux, ne nous donnent pas envie d’aller nous y baigner. Il faut dire qu’après les magnifiques conditions de Baranof, nature et grand air, ici on entre dans un cube de béton entièrement fermé, pas une seule fenêtre, la lumière entre par le toit, et l’odeur entêtante de l’œuf sulfureux est … repoussante. Obligatoire de se baigner nu. Hommes et femmes ont chacun leur plage horaire, et pas de plage commune. Alors on reste dans le magnifique souvenir des Bains Baranof.
Retour au bateau, et sur le ponton, Monsieur Loutre est en train de monter sur le dos de Madame Loutre de manière insistante, elle n’a pas du tout l’air d’apprécier. On s’approche tranquillement pour les observer, elles se séparent, et les voilà l’une et l’autre se frottant tous les poils sur le bois, entretenant leur épaisse fourrure. Elles sont d’une souplesse époustouflante, une agilité et une fluidité de mouvement qui fait rêver. Un pas de plus et les voilà à l’eau.
Au large du port, on aperçoit des souffles de baleine. On observe, ils disparaissent, et voilà que jaillissent non loin les grandes dorsales verticales de deux orques … et quelques dauphins … finalement, cette journée est plein de magnifiques cadeaux, même si les bains ne sont pas géniaux.
Je complète en milieu de soirée … INCROYABLE !!
Au moment où notre repas est prêt, on entend le souffle d’une baleine pas loin. En fait, même très proche de nous … juste de l’autre côté du ponton, à l’extérieur du petit port, juste là où est amarré le petit bateau de notre voisine (qui mesure à peine la moitié de Myriades). On sort, on observe, et voilà que la baleine commence à chasser à l’intérieur du port !! elle passe gaillardement d’une panne à l’autre, explorant consciencieusement chaque zone libre de bateaux à l’intérieur des digues … dingue !!!
La voilà qui frôle le ponton extérieur, qui plonge juste sous le bateau voisin, et qui ressort quelques mètres plus loin, la gueule grande ouverte pour attraper tous les harengs qui pensaient être à l’abri par ici … Parfois elle passe entre deux piliers, parfois elle passe sous les pontons, ce qui est fascinant, c’est de la voir se mouvoir aussi facilement sans heurter les bateaux, dans un espace aussi restreint et réduit par rapport à son grand corps ! Incroyable d’agilité, de vélocité, et quelle puissance ! elle déplace ses bons 12 mètres avec une fascinante aisance, et même élégance. Et ça dure et ça dure et ça dure ! On espère la revoir demain à la prochaine marée haute, cette fois à l’heure du petit dèj. Ouahhh, quel cadeau !
Voilà les images …